En résumé : La mise en demeure est l’acte juridique qui transforme un simple retard ou malfaçon en manquement constaté. Elle fait courir les intérêts moratoires (article 1231-6 du Code civil), constitue la preuve de votre diligence et conditionne souvent la mobilisation de la garantie de parfait achèvement ou de la DO. Envoi en LRAR obligatoire, contenu précis, délai raisonnable à fixer.
Points rapides :
- La mise en demeure est un acte juridique essentiel qui transforme un retard ou une malfaçon en manquement constaté, déclenchant ainsi les intérêts moratoires selon l'article 1231-6 du Code civil.
- Elle doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) et contenir des mentions précises, telles que l'identité des parties, le rappel du contrat, et une demande claire avec un délai raisonnable pour l'exécution.
- Une mise en demeure régulière permet d'activer la garantie de parfait achèvement et constitue la première étape avant une éventuelle déclaration de sinistre auprès de l'assureur.
- Les erreurs fréquentes incluent l'envoi par courrier simple, l'absence de mentions obligatoires, et des délais inappropriés, ce qui peut compromettre la validité de la mise en demeure.
Pourquoi la mise en demeure est incontournable
Avant même de penser sinistre, assurance, expertise, il y a un acte simple et puissant : la mise en demeure. C’est l’écrit par lequel vous interpellez formellement l’entrepreneur pour qu’il exécute ses obligations (finir les travaux, reprendre une malfaçon, respecter un délai, fournir une attestation).
Trois raisons la rendent incontournable :
- Elle fait courir les intérêts moratoires (article 1231-6 du Code civil).
- Elle constitue la preuve de vos démarches amiables préalables, exigée par la plupart des contrats et par le juge.
- Elle conditionne l’activation de certaines garanties, notamment la garantie de parfait achèvement (article 1792-6 Code civil) qui suppose une mise en demeure préalable.
Paul, 56 ans, maître d’ouvrage, découvre que son carreleur n’a jamais posé la plinthe de finition et ne répond plus aux appels. La mise en demeure est la première pièce d’un dossier qui, sans elle, n’existerait pas.
Quand adresser une mise en demeure
Les cas typiques, par ordre de fréquence :
- Non-reprise des réserves inscrites au PV de réception (parfait achèvement).
- Malfaçon apparue après réception pendant l’année de parfait achèvement.
- Chantier non terminé à la date contractuelle (CCMI notamment).
- Défaut de remise de documents : attestation décennale, DOE, certificats de conformité.
- Infiltration, fissure, panne dans la période des garanties Spinetta.
- Factures impayées réclamées à tort sur travaux non exécutés.
Ne pas confondre : la mise en demeure vise l’entrepreneur, elle n’est pas adressée à l’assureur. Pour l’assureur DO, on parle de déclaration de sinistre, juridiquement distincte.
Base légale : l’article 1231-6 du Code civil
L’article 1231-6 du Code civil pose le principe : « Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d’une obligation de somme d’argent consistent dans l’intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. »
Étendu par la jurisprudence aux obligations de faire, la mise en demeure est le point de départ des intérêts moratoires et des dommages-intérêts pour retard d’exécution. Sans mise en demeure, pas d’intérêts dus, sauf exceptions restreintes (article 1344 du Code civil).
Les 6 mentions indispensables
Une mise en demeure ne s’improvise pas. Elle doit contenir :
- Vos coordonnées complètes (nom, adresse, n° de téléphone).
- Identité précise du destinataire (raison sociale, SIRET, adresse du siège).
- Rappel du contrat : date, nature, montant, référence.
- Exposé factuel et daté des manquements constatés.
- Demande claire : ce qui doit être fait, dans quel délai.
- Délai raisonnable (généralement 8 à 30 jours selon la nature de l’obligation).
- Mention expresse : « La présente vaut mise en demeure. »
- Date et signature.
Envoi obligatoirement en LRAR. Une mise en demeure par email simple n’a pas la même valeur probatoire et peut être contestée.
Modèle annoté
Voici la structure d’une mise en demeure type, à adapter.
Objet : Mise en demeure — reprise des réserves sur PV de réception du [date]
Madame, Monsieur,
Par contrat en date du [date], vous avez été chargé de [description des travaux] pour un montant TTC de [montant].
Les travaux ont été réceptionnés le [date] avec les réserves suivantes, listées au procès-verbal contradictoire : [lister].
À ce jour, soit [X] mois après la réception, les réserves suivantes restent non levées : [lister]. Ce constat est appuyé par les photographies jointes, datées du [date].
Au titre de la garantie de parfait achèvement (article 1792-6 du Code civil), vous êtes tenu de procéder à la reprise de ces désordres.
En conséquence, je vous mets en demeure de réaliser les travaux de reprise dans un délai de 15 jours à compter de la réception de la présente.
À défaut, je me réserve le droit de faire exécuter les travaux par une entreprise tierce à vos frais, et d’engager toute procédure utile, notamment la saisine du tribunal judiciaire et de votre assureur décennale.
La présente vaut mise en demeure au sens de l’article 1231-6 du Code civil.
Veuillez agréer…
Pièces jointes : copie du PV de réception, photographies, copies des échanges antérieurs.
Délai raisonnable : combien de jours accorder
Le Code civil ne fixe pas de délai standard. La jurisprudence retient un délai proportionné à la nature de l’obligation :
| Nature de l’obligation | Délai raisonnable |
|---|---|
| Reprise de petite finition (peinture, plinthe) | 8 à 15 jours |
| Reprise de malfaçon moyenne (carrelage, menuiserie) | 15 à 30 jours |
| Réparation de désordre structurel | 30 à 45 jours |
| Remise d’attestation décennale | 8 jours |
| Paiement d’une facture (par vous) | 15 jours |
Un délai manifestement trop court peut être jugé non conforme et priver la mise en demeure de ses effets.
Effets juridiques concrets
Une mise en demeure régulière déclenche :
- Intérêts moratoires au taux légal (article 1231-6 Code civil) à compter de sa réception.
- Transfert des risques dans certaines obligations de résultat.
- Possibilité d’exécution forcée aux frais du débiteur (article 1222 Code civil) si l’obligation n’est pas exécutée.
- Point de départ pour une action en résolution du contrat (article 1224 Code civil).
- Interruption de la prescription dans certaines conditions.
Pour la garantie de parfait achèvement, la mise en demeure est une condition de mobilisation : sans elle, pas de recours sur l’article 1792-6.
Mise en demeure et DO : l’articulation
La mise en demeure vise l’entrepreneur. Mais elle prépare souvent la déclaration de sinistre DO, surtout si l’entrepreneur ne répond pas ou refuse.
Séquence type en 4 étapes :
- Mise en demeure de l’entrepreneur (LRAR).
- Délai expiré sans reprise effective.
- Déclaration de sinistre DO en joignant la mise en demeure comme preuve de carence.
- L’assureur DO prend le relais, diligente l’expertise, et se retourne contre l’entrepreneur (subrogation, article 1346 Code civil).
Attention : la garantie de parfait achèvement (1 an) se déclenche auprès de l’entrepreneur lui-même, pas de l’assureur DO en première intention. Hors du champ strict de la DO, la procédure est différente.
Cas d’école : Fabrice et le carrelage fissuré
Fabrice, 47 ans, ancien conciliateur de justice, reçoit sa maison CCMI en mai 2024. Le PV mentionne « carrelage salon : 3 carreaux fêlés, à reprendre ». Neuf mois plus tard, rien. Séquence :
- Février 2025 : mise en demeure LRAR 15 jours. Pas de réponse.
- Mars 2025 : Fabrice fait chiffrer la reprise par un artisan tiers : 1 800 €.
- Avril 2025 : saisine du tribunal judiciaire en référé, production de la mise en demeure.
- Juin 2025 : ordonnance condamnant l’entreprise à payer 1 800 € au titre de l’exécution par un tiers (article 1222 Code civil).
La mise en demeure a joué son rôle de pièce maîtresse. Sans elle, la démarche aurait été rejetée pour défaut de préalable amiable.
Les erreurs fréquentes
- Courrier simple ou email sans recommandé : valeur probatoire faible.
- Délai non précisé ou délai manifestement trop court.
- Description vague des manquements : « les travaux ne sont pas bien faits » ne suffit pas.
- Oubli de la mention expresse « vaut mise en demeure ».
- Absence de pièces : PV, photos, contrat, devis.
- Mise en demeure envoyée à la mauvaise adresse (ancien siège, adresse personnelle du gérant).
Questions fréquentes
Un email peut-il valoir mise en demeure ?
Le Code civil admet désormais la mise en demeure « par une sommation ou par un autre acte portant interpellation suffisante » (article 1344). Un email peut donc être retenu, mais la LRAR reste vivement conseillée pour la preuve de réception.
Combien de mises en demeure faut-il envoyer ?
Une seule suffit juridiquement. En pratique, une seconde mise en demeure « ultime » est souvent envoyée avant saisine du juge, pour renforcer la position.
L’entrepreneur peut-il refuser la LRAR ?
Le fait de refuser ou de ne pas retirer la LRAR n’empêche pas ses effets. L’accusé de refus ou le pli « non réclamé » fait foi de la notification (Cass. 3e civ. 4 octobre 2018).
Peut-on mettre en demeure un entrepreneur en liquidation ?
Il faut déclarer votre créance au passif, mais la mise en demeure adressée au mandataire judiciaire peut rester utile pour préserver vos droits et enclencher la DO / décennale.
La mise en demeure interrompt-elle la prescription décennale ?
Non, en principe. Seule une assignation en justice interrompt la prescription de l’article 1792 Code civil. La mise en demeure est une démarche amiable, pas un acte interruptif au sens de l’article 2241 Code civil.
Ce qu’il faut retenir
- La mise en demeure est l’acte fondateur de toute procédure contre un entrepreneur.
- LRAR obligatoire, mentions précises, délai raisonnable, base légale (article 1231-6 Code civil).
- Elle fait courir les intérêts moratoires et conditionne l’exécution forcée (article 1222 Code civil).
- Elle est préalable nécessaire à la mobilisation de la garantie de parfait achèvement.
- Elle prépare la déclaration DO en cas de carence de l’entrepreneur.
- Elle n’interrompt pas la prescription décennale, seule une assignation le fait.
Pour aller plus loin :
- Tarif décennale : comment est calculé le taux de prime sur le CA ?
- Le délai de 60 jours pour l’offre d’indemnisation DO : loi et réalité
- Sinistre en cours de vente : qui touche l’indemnité ?
- La réception avec réserves : quel impact sur la décennale ?
- Le vice du sol : la responsabilité partagée entre BE et maçon
Questions fréquentes
Comment adresser une mise en demeure à un entrepreneur?
Pour adresser une mise en demeure, il faut l'envoyer en LRAR avec des mentions précises, comme vos coordonnées, l'identité du destinataire, et un rappel des manquements.
Quand faut-il envoyer une mise en demeure?
Il est conseillé d'envoyer une mise en demeure dès que l'entrepreneur ne respecte pas ses obligations, comme un chantier non terminé ou des malfaçons constatées après réception.
Quel est le délai raisonnable pour une mise en demeure?
Le délai raisonnable varie selon la nature de l'obligation : de 8 à 45 jours, selon qu'il s'agit de petites finitions ou de réparations structurelles.
Qui doit recevoir la mise en demeure?
La mise en demeure doit être adressée à l'entrepreneur et non à l'assureur. C'est un acte juridique visant à l'exécution des obligations contractuelles.
Combien de mises en demeure faut-il envoyer?
Une seule mise en demeure suffit juridiquement, mais une seconde peut être envoyée pour renforcer votre position avant d'engager une action en justice.


