En résumé : Obtenir une DO en auto-construction partielle est possible, mais exigeant. L’assureur n’acceptera de couvrir que les lots confiés à des professionnels titulaires d’une décennale valide (article L241-1 du Code des assurances). Les lots réalisés par vous-même resteront hors décennale et hors DO. Le dossier exige une étude G2, un découpage précis des lots, et souvent un contrôle technique.
Auto-construction : de quoi parle-t-on ?
L’auto-construction recouvre trois réalités :
- Auto-construction intégrale : le particulier fait tout lui-même, des fondations à la couverture, sans aucune entreprise.
- Auto-construction partielle : le particulier sous-traite le gros œuvre et le hors d’eau / hors d’air à des pros, puis finit lui-même les lots secondaires (cloisons, électricité, plomberie, carrelage, peinture).
- Auto-construction mixte inversée : le particulier fait le gros œuvre et fait appel à des pros pour les lots techniques.
L’auto-construction intégrale ne permet pas de souscrire une DO : il n’y a pas de « constructeur » au sens de l’article 1792-1 du Code civil, donc pas de décennale à déclencher, donc pas de DO.
L’auto-construction partielle, oui : les lots confiés à des pros peuvent être couverts, sous conditions.
Le cadre juridique côté auto-constructeur
Émilie, 35 ans, monte sa maison en ossature bois en Bretagne. Elle confie les fondations, la dalle et le hors d’eau à une entreprise. Elle fait elle-même l’ossature, l’isolation, le bardage, la plomberie et l’électricité.
Juridiquement :
- Pour les lots confiés : les entreprises engagent leur décennale professionnelle (article L241-1 Code assurances, à ne pas confondre avec la RCD du CCH R111-38 et suivants qui ne concerne que certains contrôles). Émilie peut activer la DO sur ces lots.
- Pour les lots auto-réalisés : Émilie est auto-constructeur. Si elle revend dans les 10 ans, elle est assimilée à constructeur pour ces lots (jurisprudence constante 3e ch. civ.) et engage sa responsabilité décennale personnelle envers l’acquéreur. Mais elle ne peut pas s’assurer en décennale sur ses propres travaux (pas d’activité professionnelle).
La DO, elle, reste possible sur les lots confiés aux pros, pas sur les lots auto-réalisés.
Les exigences des assureurs DO sur un chantier d’auto-construction
La plupart des assureurs refusent purement l’auto-construction. Ceux qui acceptent réclament :
1. Un MOE ou un AMO
Même léger. Un architecte ou un économiste qui valide les choix techniques et visite le chantier.
2. Une étude de sol G2 AVP
Incontournable. Voir norme NF P94-500. Le sol étant la cause majeure des sinistres décennaux, sans G2, pas de DO.
3. Un contrôle technique (mission L + solidité + sécurité)
Parfois exigé dès que l’auto-constructeur s’implique sur des lots structurels. Le contrôleur vise les plans, les bétons, la charpente, l’étanchéité (voir CCH R111-38+).
4. Les attestations décennales nominatives sur le chantier
Chaque entreprise doit fournir :
- Son attestation RCD en cours de validité (souvent annuelle).
- Les activités déclarées correspondant au lot confié.
- Une mention nominative du chantier si l’assureur DO le demande.
5. Une liste des lots auto-réalisés, bien détourés
L’assureur exige un document précis : qui fait quoi, jusqu’où va la responsabilité de chaque pro.
6. Un questionnaire DO renforcé
Avec section « auto-construction » explicite, surcoût de prime (souvent +30 à +60 %), parfois franchise.
Le découpage des lots : pierre angulaire du dossier
C’est l’étape que tous les auto-constructeurs sous-estiment. Chaque interface doit être nette :
| Lot | Qui fait ? | Décennale ? | DO ? |
|---|---|---|---|
| Terrassement | Entreprise | Oui | Oui |
| Fondations, dalle | Entreprise gros œuvre | Oui | Oui |
| Murs maçonnés ou ossature | Entreprise | Oui | Oui |
| Charpente | Entreprise | Oui | Oui |
| Couverture, étanchéité | Entreprise | Oui | Oui |
| Menuiseries extérieures | Entreprise | Oui | Oui |
| Isolation intérieure | Auto-constructeur | Non | Non |
| Cloisons, doublage | Auto-constructeur | Non | Non |
| Électricité | Auto-constructeur | Non | Non |
| Plomberie | Auto-constructeur | Non | Non |
| Chauffage (pompe à chaleur) | Entreprise (obligatoire) | Oui | Oui |
| Carrelage | Auto-constructeur | Non | Non |
| Peinture, finitions | Auto-constructeur | Non | Non |
Un lot mal détouré = un litige futur assuré. Exemple : si vous faites votre plomberie mais que c’est l’entreprise qui pose la chape, à qui la faute en cas de fuite dans la chape ? À documenter dès le départ.
Le risque caché : la revente avant 10 ans
Émilie veut vendre 6 ans après construction. Elle est réputée constructeur pour ses lots auto-réalisés. L’acquéreur peut agir en décennale contre elle pour ces lots, sans assurance. Elle paie de sa poche.
Pour les lots pro couverts par la DO, aucun souci : l’acquéreur active directement la DO (transmise avec le bien) ou la décennale du constructeur.
Conseil pratique : conserver les factures, les plans d’exécution, les photos de chantier, les fiches techniques des matériaux. Ils serviront à démontrer la qualité des travaux en cas de litige.
Les alternatives à l’auto-construction pure
Option 1 : tout sous-traiter sauf la déco
Rester maître d’ouvrage classique. La DO couvre l’intégralité du bâti. Les finitions personnelles (peinture, pose de meubles) ne relèvent pas de la décennale.
Option 2 : l’AMO avec entreprise d’auto-promotion
Certaines structures accompagnent l’auto-constructeur en amont (plans, planning, choix des pros), sans être MOE. L’assureur l’accepte parfois comme pilote.
Option 3 : le CCMI
Pas adapté à l’auto-construction partielle : le CCMI impose un constructeur unique qui prend tout.
Option 4 : la maison en kit avec montage pro obligatoire
Le fabricant du kit valide le montage et peut imposer un installateur agréé. L’assureur DO accepte plus facilement.
Le pas-à-pas d’Émilie pour obtenir sa DO
- Définition du projet avec un architecte en AMO (honoraires 4 % du coût travaux).
- Étude de sol G2 AVP (2 200 €).
- Permis de construire déposé en mairie.
- Consultation d’entreprises sur les lots confiés : gros œuvre, charpente, couverture, menuiseries, pompe à chaleur.
- Vérification des décennales : activités déclarées, dates, extension géographique.
- Questionnaire DO auprès de plusieurs assureurs (sur 5 contactés, 2 ont étudié, 1 a accepté).
- Souscription DO avec option contrôle technique (SEI + L + PS selon zone sismique).
- Ouverture de chantier (DOC) transmise à l’assureur.
- Visites de contrôle pendant le chantier.
- Réception avec PV détaillé lot par lot, signature du MOE AMO.
- DAACT (déclaration d’achèvement) puis attestation DO définitive.
Durée totale du dossier DO avant chantier : 4 mois. Budget DO seule : 3 400 € sur un projet de 180 000 €.
Questions fréquentes
Je fais mon électricité moi-même, mon plombier est un pro : quelle est ma situation ?
La plomberie est couverte par la décennale du pro (si elle relève de la décennale : canalisations encastrées, par exemple) et par la DO. L’électricité, auto-réalisée, n’est pas couverte. En cas de panne ou d’incendie d’origine électrique, la MRH peut jouer, pas la DO.
Puis-je être mon propre MOE ?
Légalement oui, si vous êtes compétent. En pratique, l’assureur DO refuse car il n’y a aucun tiers professionnel pour engager sa responsabilité.
Ma mairie me demande une DO, que faire si je ne trouve pas d’assureur ?
Recours au Bureau Central de Tarification (BCT), qui peut imposer à un assureur de vous couvrir à un tarif fixé. Procédure longue (2 à 6 mois) mais efficace.
Quel est l’impact sur la revente ?
Sans DO sur les lots pro, revente quasi bloquée avant 10 ans : le notaire mentionne l’absence, les acquéreurs fuient, le prix chute. Avec DO partielle, mention précise dans l’acte de vente des lots couverts et auto-réalisés.
L’auto-constructeur peut-il souscrire une RCD personnelle ?
Non. La RCD est une assurance professionnelle, soumise à qualification. Un particulier ne peut pas s’assurer en décennale pour ses propres travaux.
Ce qu’il faut retenir
- Auto-construction intégrale = pas de DO possible.
- Auto-construction partielle = DO possible sur les lots confiés aux pros, sous conditions.
- Exigences types : MOE ou AMO, étude G2, contrôleur technique, décennales nominatives.
- Découpage précis des lots = pierre angulaire du dossier.
- Lots auto-réalisés : responsabilité personnelle en cas de revente avant 10 ans.
- BCT en recours si refus systématique.
Pour aller plus loin :


