Le délai de 60 jours pour l’offre d’indemnisation DO : loi et réalité

Le délai de 60 jours pour l’offre d’indemnisation DO : loi et réalité

Publié par Thomas Lefèvre

15 mai 2026

Délai de 60 jours pour la position de l'assureur DO, 90 jours pour l'offre : article L242-1, sanctions, intérêts au double du taux légal, et ce qu'il faut faire.

En résumé : L’assureur dommages-ouvrage dispose de 60 jours pour vous notifier sa position sur la garantie après déclaration complète, puis de 90 jours au total pour formuler une offre d’indemnité (article L242-1 du Code des assurances). Dépassement ? Les travaux peuvent être engagés à vos frais et les indemnités produisent des intérêts au double du taux légal. En pratique, les dérapages sont fréquents, mais la sanction existe et se réclame.

Points rapides :

  • L'assureur a 60 jours pour notifier sa position sur la garantie après réception d'une déclaration complète, suivis de 90 jours pour formuler une offre d'indemnité.
  • En cas de dépassement des délais, l'assuré peut engager les travaux à ses frais et réclamer des intérêts au double du taux légal sur les sommes dues.
  • La notification de l'assureur doit être écrite et motivée ; un simple silence ou une lettre vague ne constitue pas une notification valide.
  • Une prorogation des délais jusqu'à 135 jours est possible, mais nécessite l'accord écrit de l'assuré, sans quoi les sanctions s'appliquent.

Ce que dit précisément l’article L242-1 du Code des assurances

L’article L242-1 encadre la procédure dommages-ouvrage avec des délais stricts, destinés à éviter que l’assuré ne reste bloqué pendant que son logement se dégrade.

Le mécanisme tient en trois temps :

  • 60 jours à compter de la réception de la déclaration de sinistre complète pour notifier à l’assuré la décision de mobiliser ou non la garantie (après expertise).
  • 90 jours à compter de la même déclaration pour présenter une offre d’indemnité destinée au paiement des travaux de réparation.
  • Possibilité de prorogation conventionnelle de 135 jours maximum en cas de difficultés particulières, si l’assuré donne son accord écrit.

Ces délais ne sont pas indicatifs. Ils constituent le cœur du dispositif Spinetta : préfinancer vite, réparer vite, sans attendre qu’un juge tranche les responsabilités entre constructeurs.

Mathieu, 44 ans, propriétaire d’une maison neuve CCMI dans le Rhône, déclare en LRAR des fissures traversantes en façade six mois après réception. L’assureur accuse réception le 7 mars. La position sur la garantie doit tomber au plus tard le 6 mai. L’offre d’indemnité, le 5 juin. Sans prorogation acceptée, ces dates sont opposables.

Le point de départ du délai : la déclaration complète

Beaucoup de litiges portent sur le point de départ des 60 jours. L’assureur tente parfois de le faire courir d’une « déclaration complète » qu’il estime tardive. La jurisprudence de la 3e chambre civile est stable : le délai court à compter de la réception par l’assureur d’une déclaration contenant les éléments essentiels (identité, ouvrage, nature du désordre, date de survenance). Les pièces complémentaires demandées ensuite ne reportent pas le délai, sauf si la déclaration initiale était manifestement incomplète.

Pour sécuriser la date de départ :

  • Envoyer la déclaration en LRAR avec accusé de réception.
  • Joindre le contrat DO, le PV de réception, les photographies datées du désordre et une description précise.
  • Conserver l’AR comme preuve de la date.

Cette date est votre point d’ancrage pour toute la suite.

Les 60 jours : notification de la position de l’assureur

Dans les 60 jours, l’assureur doit diligenter une expertise et vous notifier :

  • Soit que la garantie est mobilisée (le désordre relève de la décennale, ou d’une garantie rattachée à la DO).
  • Soit qu’il refuse la garantie avec motifs précis (désordre non décennal, exclusion, cause extérieure, etc.).

La notification doit être écrite, motivée, circonstanciée. Une lettre floue du type « votre dossier est à l’étude » ne vaut pas notification. Un simple silence non plus.

Le rapport préliminaire de l’expert d’assurance (souvent un cabinet type CRAC ou Saretec) vous est communiqué à ce stade. Vous pouvez le contester.

Les 90 jours : l’offre d’indemnité

Si la garantie est acquise, l’assureur a 30 jours supplémentaires (soit 90 jours au total depuis la déclaration) pour formuler une offre chiffrée. Cette offre doit :

  • Chiffrer le coût des travaux de réparation.
  • Couvrir la totalité des désordres couverts, sans minoration abusive.
  • Permettre un préfinancement effectif avant action judiciaire contre les constructeurs responsables.

Le préfinancement est la logique même du dispositif. Vous ne devez pas attendre que l’assureur se retourne contre le constructeur pour être indemnisé.

Sandrine, 39 ans, assurée DO pour une extension, reçoit une offre à 18 000 € alors que le rapport d’expertise chiffre les réparations à 31 000 €. Une offre manifestement insuffisante au regard du rapport constitue une offre non conforme et ouvre les mêmes sanctions qu’un défaut d’offre.

Dépassement des délais : les sanctions réelles

C’est le point crucial et mal connu. Si l’assureur ne respecte pas les délais, deux sanctions cumulatives s’appliquent :

1. Engagement des travaux à vos frais

L’assuré peut faire effectuer les travaux par l’entreprise de son choix et présenter les factures à l’assureur pour remboursement. L’assureur ne peut plus contester la mobilisation de la garantie, il est « déchu » de son droit à contester.

Cette faculté est redoutable. Elle évite la paralysie. Reste à avancer la trésorerie — d’où l’utilité du préfinancement quand il arrive dans les temps.

2. Intérêts au double du taux légal

Les sommes dues produisent de plein droit des intérêts au double du taux de l’intérêt légal (article L242-1 al. 5 du Code des assurances). La Cour de cassation rappelle régulièrement que ces intérêts courent à compter de l’expiration du délai violé, et non de la mise en demeure (Cass. 3e civ. 2 décembre 2021 ; Cass. 3e civ. 29 juin 2022).

Le taux légal 2e semestre 2025 pour un créancier non professionnel était supérieur à 8 %. Doublé, on approche les 17 % annuels. Sur un sinistre à 50 000 €, un retard de 12 mois représente plusieurs milliers d’euros.

Réalité du terrain : pourquoi les délais sont rarement tenus

Factuellement, une large part des dossiers DO connaissent un dépassement. Les causes :

  • Expertise complexe (multiplicité des intervenants, pathologie lourde, vice du sol).
  • Demande de pièces complémentaires utilisée comme manœuvre dilatoire.
  • Sous-effectif dans les cellules sinistres des assureurs.
  • Arbitrage économique : certains assureurs acceptent la sanction plutôt qu’une offre rapide généreuse.

Cela ne vous condamne pas à subir. La sanction se réclame, elle n’est pas appliquée d’office.

Comment réclamer les intérêts au double du taux légal

La démarche, dans l’ordre :

  1. Calculer la date d’expiration exacte du délai (60 ou 90 jours selon le manquement).
  2. Mettre en demeure l’assureur par LRAR en visant l’article L242-1 et en chiffrant les intérêts exigibles.
  3. Saisir le Médiateur de l’Assurance (mediation-assurance.org) en cas de refus ou silence. Délai de réponse du médiateur : quelques mois.
  4. Assigner devant le tribunal judiciaire si blocage total. La prescription est de deux ans (article L114-1 Code des assurances) à compter du fait qui y donne naissance.

La 3e chambre civile applique strictement les intérêts doublés : Cass. 3e civ. 4 octobre 2018 confirme que l’absence d’offre conforme dans le délai déclenche la sanction sans mise en demeure préalable.

Cas particulier : la prorogation à 135 jours

L’assureur peut demander une prorogation du délai jusqu’à 135 jours en cas de « difficultés exceptionnelles ». Cette prorogation suppose :

  • Une demande motivée (complexité technique réelle).
  • Un accord écrit de l’assuré.

L’accord ne se présume pas. Un silence n’équivaut pas à acceptation. Si l’assureur proroge unilatéralement, le délai initial reste opposable et la sanction s’applique.

Questions fréquentes

L’assureur peut-il refuser la garantie après les 60 jours ?

Oui, mais la notification doit être intervenue dans les 60 jours. Passé ce délai sans notification, l’assureur est déchu du droit de refuser. Jurisprudence constante (Cass. 3e civ. 4 octobre 2018).

Les intérêts doublés s’appliquent-ils même si l’offre est partielle ?

Oui. Une offre manifestement insuffisante équivaut à une absence d’offre. Les intérêts courent sur la totalité de l’indemnité finalement due.

Dois-je mettre en demeure avant de réclamer les intérêts ?

Non. Les intérêts courent de plein droit à l’expiration du délai. Une mise en demeure reste utile pour interrompre la prescription biennale (article L114-2 Code des assurances).

Puis-je refuser une prorogation à 135 jours ?

Oui, la prorogation requiert votre accord écrit. Vous pouvez refuser et laisser courir la sanction.

Combien de temps pour agir après l’expiration du délai ?

Deux ans à compter du fait (article L114-1 Code des assurances). Attention, ce délai est court — toute correspondance de contestation interrompt la prescription.

Ce qu’il faut retenir

  • 60 jours : notification par l’assureur de sa position sur la garantie.
  • 90 jours : offre d’indemnité chiffrée (article L242-1 Code des assurances).
  • 135 jours : prorogation maximale, sur accord écrit de l’assuré uniquement.
  • Dépassement = travaux engageables à vos frais + intérêts au double du taux légal.
  • Point de départ = réception de la déclaration complète en LRAR.
  • Sanction applicable même à une offre manifestement insuffisante.
  • Prescription de 2 ans pour agir (article L114-1 Code des assurances).

Pour aller plus loin :

Questions fréquentes

Comment l'assureur doit-il notifier sa décision sur la garantie?

L'assureur doit notifier sa décision par écrit dans les 60 jours suivant la réception de la déclaration complète, en précisant si la garantie est mobilisée ou refusée avec des motifs clairs.

Quel est le délai pour formuler une offre d'indemnité?

L'assureur a 90 jours au total pour formuler une offre d'indemnité après la déclaration complète, incluant 30 jours supplémentaires si la garantie est acquise.

Que faire si l'assureur dépasse les délais de 60 ou 90 jours?

Si l'assureur dépasse ces délais, vous pouvez engager les travaux à vos frais et réclamer des intérêts au double du taux légal sur les sommes dues.

Comment sécuriser le point de départ du délai de 60 jours?

Pour sécuriser le point de départ, envoyez votre déclaration en LRAR avec accusé de réception, en incluant tous les documents nécessaires comme le contrat DO et des photos datées.

Puis-je refuser une prorogation de délai à 135 jours?

Oui, vous pouvez refuser une prorogation à 135 jours, car elle nécessite votre accord écrit. Si vous refusez, la sanction pour dépassement des délais s'applique.

Thomas Lefèvre

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